Le Capitaine William Marshall fait partie de ceux qui eurent l’opportunité de commander le RMS Olympic durant sa carrière civile.

Il fait partie du club très select de ceux qui furent nommés Commodores de la flotte de la White Star Line. Il a donc contribué à donner ses lettres de noblesse à l’Olympic et à sa compagnie maritime.

Le début de carrière de William Marshall

Né le 10 avril 1873 à Bolton en Angleterre, William Marshall débute son apprentissage en tant que cadet sur le HMS Conway à Liverpool.

Plus tard, il rejoint le SS Copley de la White Star Line sur lequel il sillonne les mers du globe et gravit les échelons hiérarchiques.

Devenu 4ème Officier, Marshall embarque sur le Cevic en 1898.

le HMS Conway sur lequel s'entrainent les cadets
Le HMS Conway (2)

Au mois de juillet 1899, il rejoint le Britannic en tant que 3ème officier. Il est alors sous les ordres du Capitaine Bertram Hayes. Le navire est chargé de transporter des troupes sur le théâtre de la Seconde Guerre des Boers en Afrique du Sud.

Marshall est nommé Sous-Lieutenant R.N.R. en 1900 et Second Officier de la White Star en avril 1901. Puis il quitte le Britannic en novembre 1901 pour suivre un entraînement d’artillerie sur les HMS Excellent et Vernon. L’année qui suit, il sert en tant que Lieutenant sur le HMS Collingwood.

De 1903 à 1911, Marshall est affecté sur 4 navires de la White Star Line. Tout d’abord le Majestic puis le Baltic, le Georgic (pour 2 semaines seulement) et enfin le Runic. Après avoir gravi patiemment tous les échelons, il prend son premier commandement le 9 aout 1911 sur le Cevic.

La Première Guerre mondiale

Quand la guerre éclate, Marshall est Capitaine du SS Afric qu’il a rejoint le 8 mai 1913. Le paquebot est affecté à la ligne Australienne. Jusqu’au 18 janvier 1915, le Capitaine est chargé de transporter des troupes Australiennes sur le front de Gallipoli.

Marshall quitte l’Afric pour rejoindre un patrouilleur auxiliaire. Conditions météo hasardeuses, présence accrue des flottes ennemies, mine sous marines… Ces missions extrêmement dangereuses lui valent de recevoir la D.S.O. le 14 juillet 1916.

Retour au service civil

Le 8 février 1919, Marshall retrouve le service civil en tant que Capitaine du Teutonic de la White Star Line. Entre le mois de mai 1921 et septembre 1923 il commande successivement les navires Megantic, Vedic, Cedric, Cretic et Arabic.

Du 18 septembre au 17 novembre 1923, il est une première fois Capitaine du RMS Olympic avant de retrouver le Celtic qu’il ne quitte définitivement que le 7 janvier 1925.

Après un mois et demi en congés, Marshall retrouve l’Olympic dont il devient Capitaine le 21 février. Il ne le quitte que l’espace de 3 mois pour suivre des entrainements du 16 octobre 1925 au 14 janvier 1926.

1926, une année riche en évènements !

L’Olympic sort tout juste de réparations suite à l’accident survenu avec le Fort Saint Georges, à New York, le 22 mars 1924. Accident qui l’avait laissé avec une ferme arrière fracturée qui n’avait pas pu être réparée définitivement plus tôt.

Il est donc prêt à attaquer l’année 1926 dans les meilleures conditions. Malgré ça, l’océan ne fait aucun cadeau à l’Olympic ou à son nouveau Capitaine. Le 27 janvier, le navire quitte Southampton pour la première traversée de l’année. Dès le lendemain, la mer celtique secoue les voyageurs.

Sur l’Atlantique, la météo ne fait qu’empirer de jour en jour jusqu’à atteindre une apogée du samedi après-midi au dimanche soir. La force du vent est estimée à 145km/h et l’Olympic fait face à des vagues de plus de 14 mètres !

Finalement, le 3 mars, l’Olympic arrive avec 36 heures de retard, sous une tempête de neige dans les eaux chargées de glaces flottantes de la Hudson River.

On allait à seulement 6 nœuds. Le navire déviait constamment de son cap sous la force du vent et de la mer déchainée. Tôt dans la matinée du dimanche, une vague aussi haute que le nid de pie a frappé le pont avant par tribord. Elle a emportée 9 mètres de rail du pont avant, les deux escaliers qui descendent du Boat Deck, 4 fenêtres de la passerelle, les volets de protection et à peu près 3 mètres de plancher d’habillage à l’arrière de la passerelle.

Capitaine William Marshall

Avec une vitesse moyenne de 18,4 nœuds, cette traversée est l’une des plus lentes de l’histoire du paquebot réputé pour son invariable ponctualité.

Vivre et mourir

Parmi les souvenirs inhabituels à bord, on compte la naissance d’un enfant le 25 février 1926. Valerie et Caroline Barsam, décident d’ailleurs d’appeler leur nouveau né “Olympic Valerie Barsam”.

Trois mois plus tard, le 24 mai 1926 à 6h04 du matin, Toefile Rechleuicien, une femme Lithuanienne de 52 ans tombe par dessus bord. Le Capitaine Marshall ordonne de faire machine arrière pour revenir sur le lieu de la chute. A 6h20, ce qui ressemble un corps et une bouée est aperçu et 3 minutes plus tard, un canot est mis à l’eau.

Malheureusement, impossible de retrouver le corps. Et à 6h53, tout espoir étant définitivement perdu, le navire reprend sa route en direction de New York.

Le presque sauvetage du SS Ellenia

Nous sommes le matin du 16 septembre 1926. Le RMS Olympic arrive en mer celtique après une traversée sans histoire depuis New York.

A 9h18, le Capitaine Marshall reçoit un message de détresse en provenance du SS Ellenia. Alors qu’il naviguait dans une brume épaisse, le cargo italien est entré en collision avec le Induna. Par chance il est à proximité ! Seulement 12 minutes suffisent pour qu’on aperçoive ses fusées de détresse depuis la passerelle de l’Olympic.

Le Vieux Fidèle arrive sur place à 9h52. A bord du Ellenia, le Capitaine télégraphie qu’il compte faire abandonner le navire puis, après quelques minutes, change d’avis.

A 10h30, Marshall envoie le 4ème officier J. Low dans un canot pour en savoir plus sur les intentions de l’Ellenia.

Quarante minutes plus tard, Low revient et explique la situation. L’Ellenia semble pouvoir rester à flot et aurait besoin d’être remorqué. N’étant pas équipé pour le remorquage, Marshall contacte par télégraphe le SS Laguna qui était déjà en chemin.

Le Capitaine de l’Ellenia confirme qu’il n’est pas en danger immédiat. Marshall décide donc de reprendre sa route en direction de l’Europe à 11h19.

Dommage pour l’équipage de l’Ellenia dont les chances ont été de toute évidence surestimées ! C’est finalement le navire de pêche français Petite Suzanne récupère tout ce qu’il reste du cargo : un canot de sauvetage. Heureusement, le naufrage n’a fait aucune victime parmi les 29 membres d’équipage.

Tout n’est pas rose pendant une traversée transatlantique

L’année 1927 est relativement calme comparativement à la précédente. Elle commence cependant tragiquement avec la mort du passager de troisième classe Jan Kipila atteint d’une pneumonie.

Au mois de février, la forte houle brise un hublot dans les quartiers des chauffeurs et le navire doit stopper sa course 30 minutes, le temps de réparer les dégâts.

Enfin le 14 juillet, ce sont deux passagers qui disparaissent. Jan Oleska est emporté par une crise cardiaque et Albert Hedgecott succombe à la maladie de Bright et l’anémie.

William Marshall enchaîne les honneurs

En 1926 et 1927, William Marshall a été nommé Aide de Camp du Roi Georges V puis Commodore R.N.R.

La White Star Line elle aussi compte bien honorer son Capitaine. C’est pour cette raison que la compagnie lui offre le commandement du RMS Majestic.

Le Capitaine quitte la passerelle de l’Olympic le 10 septembre 1928 après 3 ans et demi de service. Il laisse le Capitaine Walter Henry Parker en charge du Vieux Fidèle.

Parker témoignera de l’attachement de Marshall à l’Olympic, il semble véritablement attristé de quitter le navire. Quand Parker lui demande comment il se sent, Marshall répond :

Je suppose que je devrais me sentir honoré. C’est, après tout, le plus grand navire du monde tu sais Parker. Mais je te laisse le meilleur.

Capitaine Marshall au Capitaine Parker

Marshall rejoint le Majestic le 22 septembre 1928. Quelques mois plus tard, en janvier 1929, il traverse une tempête avec un vent Ouest Nord Ouest de force 9.

le Commodore William Marshall
William Marshall (1)

L’océan est déchaîné. L’eau en déferlant les ponts a affaissé l’écoutille n°1 et les ponts D et E sont inondés. Le navire avance à vitesse extrêmement réduite.

Félicitations Commodore !

Cela fait maintenant 31 ans que le Capitaine William Marshall vogue sur les navires de la White Star Line. En plus de ses états de carrière irréprochables, il est l’un des Capitaines les plus populaires de la ligne transatlantique. La compagnie décide donc de lui décerner le titre de Commodore de la flotte le 28 janvier 1930.

Un grand honneur pour le Capitaine mais après deux traversées transatlantiques, son état de santé devient rapidement préoccupant. Il est contraint de se mettre en congé maladie le 24 mars.

Des adieux soudains

Marshall compte reprendre son service sur le Majestic le 18 juin. C’est en tous cas ce qu’il dit au Capitaine White une semaine avant de disparaître le 28 mai 1930 dans sa maison de Southampton. Il n’avait que 57 ans et laisse une veuve et trois enfants derrière lui.

Le 30 mai, après une cérémonie à l’église Highflield et selon ses dernières volontés, son corps est enfoui en mer par le HMS Truant au large de Southampton, sur la route qu’il avait emprunté tant de fois au commandes des plus beaux navires du monde.

Samuel Longin

Sources : Affectations de William Marshall / New York Times, publications du 29/01/1929, 29/05/1930, 30/05/1930 / The Olympic Class Ships, Mark Chirnside, p.117-118 / RMS Olympic : The Old Reliable, Simon Mills, p.54-55 / Militaria, Medailles, / Encyclopedia Titanica : Photo, Discussion sur William Marshall / RMS Olympic, Titanic’s Sister, Mark Chirnside, p.213 / Wikipedia : Liste des naufrages en 1926 / Naufrage de l’Ellenia /

Photos : (1) Commodore William Marshall, New York Times paru le 29 mai 1930 / (2) HMS Conway /