En temps de guerre, l’information est une arme redoutable. Bien que le HMT Olympic n’ait qu’un sous-marin allemand coulé officiellement à son actif, de nombreux témoignages affirment qu’il en aurait coulé un second en juin 1916.

un u-boat coule un navire
Les U-Boats sont redoutables d’efficacité (1)

Un véritable exploit car jamais un navire civil n’avait réussi à couler un bâtiment de guerre.

D’ailleurs, depuis plusieurs mois déjà, les U-boats allemands sèment la terreur sur les mers. Tout le monde à en tête le torpillage du Lusitania qui fit près de 1200 civiles…

Au total les U-boats couleront plus de 5.000 navires rien qu’en Atlantique !

Mais concernant le sous marin qui aurait été coulé en juin 1916 par l’Olympic, comme aucun débris ni survivant n’a été repêché par le liner, l’amirauté n’a pas validé l’information. Il était assez courant pendant la première guerre mondiale que des équipages assurent avoir coulé un bâtiment ennemi pour expliquer certaine “disparitions” dans les munitions ou des comportements non approuvés par l’amirauté.

L’autobiographie de Charles Lightoller contient d’ailleurs quelques très bons exemples de «petites cachotteries» à ses supérieurs pendant le conflit.

Dans l’article de presse que vous découvrirez juste en dessous, vous allez lire les témoignages correspondants non pas à l’éperonnage du U-103 par l’Olympic, mais bien de l’attaque d’un autre sous-marin allemand, qui, selon l’équipage, aurait été coulé par les tirs de l’Olympic.

L’article, censuré pendant un mois a finalement été publié sans les noms des navires ni de leurs équipages. Cependant, les lecteurs avisés sauront reconnaitre quel Capitaine se cache derrière ce nouvel exploit. N’est-ce pas ?

Sous-marin Allemand coulé par un transatlantique

Les tirs du navire ont envoyé le sous-marin par le fond — Un destroyer en a probablement envoyé deux autres dans l’antre de Davy Jones.

(Par Fred J. Wilson, directeur général de l’International News Service.)

Un port de l’Atlantique, le 11 juin.

La destruction d’un sous-marin allemand et le probable naufrage de deux autres par les destroyers alliés qui l’escortaient ont été rapportés par le capitaine d’un grand Liner qui a atteint le port aujourd’hui après un voyage empli d’événements qui font partie des frissons que l’on ressent dernièrement en haute mer depuis que les Allemands ont commencé les massacres au large.

L’U-boat dont il est question a été coulé par des tirs depuis le liner après qu’une tentative pour éperonner le sous-marin ait été manquée d’à peine deux mètres.

Un autre sous-marin a, semble-t-il, été touché par la grenade sous-marine du destroyer et le troisième deux heures plus tard.

Les traités actuels nous interdisent de donner le nom du navire qui a coulé le sous-marin par ses tirs ou de nommer le destroyer. Mais l’exaltation du Capitaine du Liner m’a permis de recueillir le palpitant récit de ce voyage :

Quand notre liner, accompagné de plusieurs autres grands navires à quitté son port d’attache pour l’Amérique, il était évident qu’il fallait s’attendre à des problèmes de la part des U-boats. Nous étions donc accompagnés de six sinistres destroyers noirs. Trois d’un côté formaient une ligne de rempart contre une attaque. Pas un seul passager dans le grand navire qui nous transportait ne pensait que les Allemands oseraient nous attaquer. Nous passions la fin d’après-midi à plaisanter sur les sous-marins de façon générale.

Le danger approche

Nous avons ressenti les dangers auxquels nous faisons face ce soir-là. Le dîner a été servi à 19h00 et tout le monde était à table quand un horrible Boum fit trembler le navire de la proue à la poupe. À l’unisson, tous les passagers se relevèrent, mais l’officier leva simplement la main en l’air en disant calmement « C’est une grenade sous-marine, un destroyer a probablement réussi son coup. » Et tout le monde se réinstalle à table.

Plus tard, nous avons appris que le destroyer sur bâbord arrière avait repéré un périscope, lancé le signal d’alerte, foncé en avant à la vitesse de la lumière à la position où il avait vu le sous-marin et a lâché une grenade sous-marine aussi efficacement que possible. Ce qui a quasiment scellé le destin de ce sous-marin.

Les officiers du Liner et les chasseurs de sous-marins présents à bord étaient tous confiants sur le fait que cet U-boat ne tuerait plus personne. Les officiers nous sommèrent de rester à proximité de nos dispositifs de secours. Tout le monde à bord sentit qu’il y avait un véritable danger et nombreux sont ceux qui ne purent trouver le sommeil durant la nuit. Mais, toujours sur nos flancs, les sinistres destroyers maintenaient leur vigilance sur notre gros convoi de liners pendant que nous zigzaguions vers l’ouest.

Aux alentours de minuit, la brume était dense et laineuse et les coups de sirène occasionnels des navires nous tenaient informés qu’ils étaient toujours en position de convoi. Les destroyers quant à eux ne faisaient pas un bruit. Ils surveillaient.

L’aube dissipe la brume

À la levée du jour, la brume en hauteur disparue et nous étions seuls, plongeants à intervalle régulier dans cette mer couverte d’une brume basse épaisse d’une hauteur de 4 mètres environ. Sur le pont, notre Capitaine, son second et le guetteur scannaient les eaux à travers la brume. À 8h30 du mouvement. Le guetteur cria : « Quelque chose droit devant, monsieur. À deux points de la proue sur tribord. »

Instantanément, tous les canons sur le pont se tournèrent vers ce « quelque chose » et tous les yeux essayaient de percer la brume. Au début, la silhouette d’un navire en partie cachée par la brume basse suggérait un navire de pêche, mais alors que le liner se rapprochait, le kiosque et les deux périscopes allemands devinrent visibles.

Le capitaine de Olympic ne veut pas répéter le fiasco du Lusitania
Le Capitaine n’a aucune intention de finir comme le Lusitania (2)

En temps de guerre, les décisions doivent être prises très vite. Nous avions le choix entre nous battre ou fuir. Notre Capitaine n’hésita pas un instant.

Ses mots furent « Nous allons le couler. », et il lança le navire sur tribord pendant que le sous-marin qui nous avait évidemment repérés commençait sa plongée.

Le navire s’avançait à travers la brume. « On le tient », dit le Capitaine alors que la proue passait juste au-dessus de la coque du sous-marin. Mais nous avions une seconde de retard, et l’avons raté de moins de deux mètres. Sur le pont, les officiers pouvaient entendre le ronronnement ds machines du sous-marin. En se penchant au-dessus du pont, on pouvait voir le pont du sous-marin frotter le long du liner. Sa proue dirigée vers le liner et sa poupe vers l’extérieur avec un angle d’environ trente degrés.

Chacun pour soi

Le matin suivant, le convoi de liners s’était séparé. C’était désormais chacun pour soi, jusqu’à destination. Le danger était passé et pour quelques jours, tout se passa sans problèmes. Puis la radio capta l’information que des sous-marins allemands étaient actifs le long des côtes Américaines. La tension redevint palpable jusqu’à ce qu’on aperçoive les lumières yankees à travers le brouillard. 

Il n’est pas de vue plus réconfortante qu’un groupe de navires de guerre américains à proximité des côtes. Quand un grand dirigeable apparut au milieu des nuages pour s’immobiliser au-dessus de nos mâts, nous étions parfaitement soulagés.

Enfin au port

Ce matin, nous avons rejoint le port bondé, et cette fois, au moins, les Allemands ont échoué.

« S’il avait des torpilles sur la poupe, nous serions partis », pensa le Capitaine. Sa tentative d’éperonnage avait raté et il changea très vite de plan en lançant la barre à bâbord toute pour faire entrer l’obusier au milieu du navire et les canons de poupe dans l’action. Il ne fallut que quelques secondes pour que le navire ne vire. Le sous-marin, en partie submergé fonça sur le milieu du navire. Il était à moins de 70 mètres.

« Envoyez-lui un obus, vite ! » Cria un officier qui arrivait en courant du pont des embarcations. Un instant plus tard, le vacarme d’un canon retentit. Trente secondes plus tard, un canon de proue retentit à son tour. La cible était maintenant à une centaine de mètres et on a pu voir le coup frapper la base du kiosque du sous-marin. Il y eut instantanément une énorme explosion des flammes et de la fumée jaillit. Quand la fumée s’est dissipée, le sous-marin avait disparu.

« Vous pensez qu’on l’a eu ? » Demanda le Capitaine.

« Je suis confiant, j’ai clairement vu l’explosion depuis le pont, vous pouvez être certain qu’il a coulé. Maintenant, vous voyez à quel point il est important de guetter. Il est absolument certain que si le sous-marin nous avait une minute plus tôt, nous aurions dû nager. »

Il acquiesça tristement.

« Bien sûr, nous sommes tous fiers et heureux de l’avoir eu. Mais, n’oublions pas que si nous devons notre salut à quelqu’un c’est au second et au guetteur. Leur précision nous a donné le temps de manœuvrer vers la victoire. »

Les témoins font bloc

Peu de passagers étaient sur le pont pendant cet épisode. L’un d’entre eux était le commandant célèbre d’une flotte alliée qui a traqué pendant trois ans les sous-marins ennemis et dont la tête a été mise à prix en Allemagne. Je lui ai demandé s’il était certain que nous avions coulé le sous-marin. Ce n’est pas un personnage bavard et il dit simplement :

« Je l’ai vu tout comme le Capitaine et ce que j’ai vu est identique à ce qu’il a vu. »

Un autre passager qui a assisté à la bataille est J. G. Walters de Londres. Il était sur le pont juste au-dessus de l’obusier quand le sous-marin se retrouva le long du navire. Il dit :

« J’ai compris qu’il se passait quelque chose quand j’ai entendu des bruits de pas sur le pont et quelqu’un crier Envoyez-lui un obus, vite !

Instantanément, l’obusier fit feu presque sous mes pieds. J’ai regardé par-dessus le bastingage et le sous-marin était à une centaine de mètres. Je n’ai pas regardé plus longtemps. J’ai pensé à ma femme et à mes enfants et j’ai vite mis mon gilet de sauvetage. Je n’avais pas de doute sur le fait que nous l’avions eu. À cette distance, nos tireurs ne pouvaient pas le rater.»

Moins d’une heure plus tard, la brume avait disparue. Le convoi se rassemblait une dernière fois sous la direction des destroyers. Il était tout juste 11h00 quand le troisième destroyer sur bâbord lança le signal « Sous-marin en vue ». Nos guetteurs l’ont alors vu foncer dessus.

Source : oceanlinersmagazine.com

Photos : (1) Peinture de Willie Stöwer, https://en.wikipedia.org/wiki/U-boat#/media/File:Willy_St%C3%B6wer_-_Sinking_of_the_Linda_Blanche_out_of_Liverpool.jpg / (2) Carte postale Allemande dépeignant le naufrage du Lusitania https://en.wikipedia.org/wiki/U-boat_Campaign#/media/File:U20lusitania.jpg / (3)