Le, fleuron de la White Star Line, est engagé dans le transport de troupes alliées depuis le 25 septembre 1915. Sous le commandement du Capitaine Bertram Hayes et sous le matricule T2810, le HMT Olympic a mené une première série de missions en Méditerranée couronnée de succès.

Après avoir transporté 25.000 troupes et parcouru 30.000 miles entre la Grande Bretagne et le front des Dardanelles, le paquebot et son équipage profitent d’un break au port de Liverpool.

La pause sera de courte durée. Dix jours plus tard, le navire lance à nouveau ses machines à pleine puissance. Direction le port de Halifax, au Canada où des troupes attendent d’être conduites sur les fronts européens.

En route vers Halifax

Le 22 mars 1916 à minuit, l’Olympic quitte le port de Liverpool en direction de Nova Scotia, Halifax où il arrive le 28. Là-bas, c’est l’émerveillement. L’arrivée du géant de la White Star est saluée par de nombreux badauds le long des quais.

Le port n’avait jamais accueilli un navire de cette taille et ses installations ne sont clairement pas prévues pour une telle occasion. Une fois amarrée, la poupe de l’Olympic dépasse de 45 mètres du Pier 2. Et un bateau de patrouille est missionné sur place pour éviter tout accident.

L’approvisionnement se montre aussi très rapidement problématique. L’Olympic est aussi gigantesque dans ses dimensions que dans ses besoins vitaux. Sa consommation d’eau à quai s’élève à 75 tonnes par jour et pour remplir ses réservoirs ce sont chaque fois entre 1500 et 2500 tonnes d’eau qu’il faut pomper à bord.

Les deux petits bateaux-citernes du port seront très insuffisants et toutes les ressources, y compris les pompiers de la ville, mettront la main à la pâte.

Les besoins en charbon varient entre 3.000 et 6.000 tonnes. Et les trois jours initialement prévus pour remplir les soutes du navire vont se transformer en 6 journées intensives de chargement.

Pendant ce temps, 5.737 soldats embarquent à bord. Ils découvrent avec plaisir certaines installations de luxe du paquebot qui n’ont pas été retirées lors de son entrée en service militaire. C’est par exemple le cas du gymnase, du grand escalier ou encore des décorations de suites de luxe.

Les abonnés ont reçu le témoignage du soldat John Gray lors de son voyage sur le HMT Olympic. Qu’attendez-vous pour vous inscrire ? C’est 100% gratuit et vous recevrez chaque semaine un document exclusif et inédit dans sa traduction française !

Enfin, le 5 avril 1916, le HMT Olympic quitte le port de Halifax pour son premier transport de troupes canadiennes. Il arrive sans incident à Liverpool 6 jours plus tard, 11 avril.

Le HMT Olympic reste seul

Initialement, l’Olympic est autorisé à s’éloigner des côtes sous escorte. Mais le Capitaine Hayes ne voit pas cette idée d’un bon œil. Faire escorter le navire signifie limiter sa vitesse à 12 nœuds.

Pour le Capitaine, il est bien plus dangereux de faire naviguer le paquebot sous escorte à 12 nœuds que seul à 22 nœuds. La vitesse du HMT Olympic a jusque là été sa meilleure défense contre les sous-marins ennemis. Il est difficile à cibler, ne peut pas être suivi et est aussi plus facile à manier. Hayes obtiendra gain de cause auprès de l’amirauté qui accepte que le navire quitte les côtes seul.

Les mesures essentielles de sécurité s’appliquent bien sûr toujours au navire. Aucune lumière ne doit être apparente, interdiction de fumer et de faire du bruit en extérieur et navigation en zigzag sur les 100 premiers miles.

Quelques exceptions

L’Amirauté insistera parfois pour que l’Olympic soit escorté loin des zones de danger.

Lors de son départ de Halifax le 13 octobre 1916 le navire est accompagné du HMS Calgarian et du HMS Drake.

Une mesure de sécurité indispensable après que des sous-marins ennemis aient été repérés au large des côtes américaines.

Le temps d’une traversée

Les traversées sont rapides. En moyenne, il faut 5 jours et 6 heures au HMT Olympic pour effectuer un passage. Et les soldats à bord ont rarement le temps de s’ennuyer. Exercices physiques, exercices de sécurité et selon la météo, mal de mer… Il y a largement de quoi s’occuper en permanence sur les ponts du navire.

Les plus chanceux (et surtout mieux gradés) profitent de cabines relativement spacieuses et confortables. D’autres en revanche doivent se contenter de dortoirs où s’entassent des milliers de hamacs.

Même s’ils naviguent sur le plus luxueux transporteur de troupes du monde, les soldats n’oublient jamais vraiment le sérieux et la dangerosité de leur mission. Les gilets de sauvetage sont obligatoires en permanence (la nuit vous devrez le garder après de votre tête). Et les exercices d’entraînement de tir sur cible des canonniers peuvent en effrayer certains qui se croient alors en pleine attaque.

Aucun incident majeur ne vient briser le rythme horloger de l’Olympic sur ces premières traversées entre le Canada et l’Europe. Malgré ça, quelques morts naturelles sont à déplorer parmi les soldats et un réseau de contrebande fait disparaître les réserves de tabac.

Le spectre des U-boats

Certains gardent en tête la dangerosité du voyage. Le soldat Herbert Burrell note ses pensées dans son journal le 20 sept 1916.

« Que se passerait-il si cette foule de joyeux jeunes hommes chahuteurs se retrouvait torpillée et que le big ship sombrait ? Est-ce que la panique l’emporterait ? Est-ce que certains sont prêts à mourir ? Qui resterait calme et donnerait sa place dans un canot ? Qui d’entre nous arborerait l’étoffe des héros devant une mort aussi soudaine ? »

Dans le cœur des hommes

Au fil du temps, la popularité de l’Olympic grandit. Il a aussi bien sa place dans le port de Halifax que dans le cœur des troupes et familles canadiennes.

Surplombant le port de Halifax et dominant la ville, il inspire les artistes et attire les curieux. Chacune de ses arrivées est l’occasion d’un billet dans les journaux locaux.

Alors que le nom « Olympic » n’est jamais utilisé par l’amirauté qui l’appelle « Le gros bateau » (the Big Ship). Au Canada par contre, on lui prête des surnoms plus affectueux comme le « Ferry Boat » pour souligner sa régularité dans les temps de traversée digne d’une horloge suisse.

Un autre surnom aussi en lien avec sa régularité lui collera à la coque pendant tout le restant de sa carrière civile, « The Old Reliable », le vieux fidèle.

En tout, le HMT Olympic fera 10 allers-retours entre Liverpool et Halifax avant la fin de l’année 1916.

HMHS Britannic

Il y a quand même un événement particulier qui marque la fin de l’année 1916. Un événement qui va laisser le vieux fidèle seul représentant de sa classe.

Le 21 novembre 1916, le Britannic navigue en direction de Moudros depuis Naples où il s’est ravitaillé en charbon. Transformé en navire-hôpital, sa mission est de rapatrier les soldats blessés.

Le HMHS Britannic (1)

Alors qu’il passe au large de l’île de Kea en Grèce, le navire heurte une mine sous-marine. L’explosion éventre la proue sur bâbord et bloque le mécanisme de fermeture des cloisons. Les portes étanches étaient exceptionnellement ouvertes pour permettre le changement des équipes de chauffeurs.

Par chance, le Britannic ne transporte alors aucun blessé et les 1125 personnes à bord sont évacuées rapidement. Le bilan se limite à 34 morts.

Le HMHS Britannic est le plus gros paquebot anglais coulé pendant la guerre. Il rejoint ainsi son autre jumeau le Titanic au fond des mers. Devenant à son tour le vestige d’une époque passée pour les générations à venir.

Aujourd’hui, son épave en très bel état repose au large de l’île de Kéa par 100 mètres de fond.

Une cure de jouvence

Le 12 janvier 1917, l’Olympic retourne à Belfast pour grosse révision. Il était temps ! Le navire est fatigué et il faudra 3 mois pour le préparer à ses prochaines missions.

Hayes et le Celtic

Pendant que l’Olympic est au chantier, Hayes est assigné au commandement du Celtic. Malheureusement il heurte une mine sous-marine le 15 février 1915  au large de l’île de Man. L’incident fait 17 morts, mais le Celtic est sauvé et remis en état.

Parmi les modifications apportées à son équipement, on compte entre autres six canons de 6 pouces. Sa silhouette va aussi profondément changer avec son premier camouflage Dazzle.

Les camouflages Dazzle sont une idée de Norman Wilkinson. Ils consistent en un assemblage de formes géométriques de couleurs très contrastées peintes sur le navire. En brisant la silhouette du paquebot, on peut ainsi empêcher les sous-mariniers ennemis de déterminer la vitesse et le cap du navire.

Le HMT Olympic et son premier camoufage Dazzle (2)

Vous pouvez retrouver mon article complet sur les camouflages Dazzle du HMT Olympic en cliquant ici.

La refonte de l’Olympic est bouclée le 25 mars. Ensuite, le navire est amené à Glasgow où le Capitaine Hayes reprend la barre.

Le HMT Olympic échappe encore à un drame

La situation dans les eaux transatlantiques se détériore soudainement. L’Allemagne instaure la guerre sous-marine totale.

Cette fois c’en est trop, le 6 avril 1917 les États-Unis entrent en guerre contre l’Allemagne à leur tour.

Pendant ce temps, le HMT Olympic reprend ses transports de troupes entre Halifax et Liverpool, toujours avec le même succès et la même régularité.

Le paquebot s’élance une dernière fois de Halifax le 1er décembre 1917. Cinq jours plus tard, le port et 2,5 km² de la ville sont rasés par la gigantesque explosion du cargo le Mont-Blanc qui transportait des munitions destinées au front européen.

La ville de Halifax est méconnaissable après l’explosion (3)

L’accident fait 2.000 morts et représente la plus grosse explosion d’origine humaine avant les premiers essais atomiques en 1945.

Cap sur New York

Quelques semaines plus tard, l’Olympic retrouve enfin le port de New York qu’il n’avait visité depuis trois ans déjà.

C’est pour Noël, le 25 décembre 1917 que le paquebot arrive à quai. Le froid est intense et la rivière Hudson est gelée. Impossible de livrer les ravitaillements du navire dans ces conditions ! L’équipage s’arme de patience et maintient le navire prêt à être chargé à tout instant.

Pendant ce temps, Hayes use encore de son talent de persuasion. Les autorités américaines veulent faire partir l’Olympic avec 8 à 9.000 hommes. Mais le capitaine ramènera tout le monde à la raison.

Finalement, le 11 janvier 1918, le paquebot quitte New York les ponts chargés de 6.000 soldats en partance pour l’Europe.

L’Olympic coule un sous-marin ennemi

Alors qu’il n’est plus qu’à une journée du port de Southampton, l’Olympic s’apprête à vivre un moment historique.

Nous sommes le 12 mai 1918 et il est 3h50 du matin quand le guetteur aperçoit un sous-marin ennemi à 500 mètres seulement du paquebot !

Le sous-marin, sous les ordres du commandant Rücker a essayé de tirer ses torpilles de poupe sur l’Olympic sans succès et s’est rendu visible en essayant de se repositionner.

Sans hésiter, Hayes se projette sur le submersible. Le sous-marin est frappé par la proue du navire puis glisse sous sa coque avant d’être éventré par une pale d’hélice.

Le U-103 coule quelques instants plus tard alors que les 31 marins survivants sont sauvés et faits prisonniers par le USS Davis.

Plonger dans cet événement palpitant avec l’article qui y est entièrement consacré !

L’Olympic devient le premier et seul navire de transport marchand à avoir réussi l’exploit de couler un bâtiment ennemi !

Dans le camp adverse, c’est l’amertume. À un tel point d’ailleurs que l’Allemagne met la vie Hayes et de l’Olympic à prix contre 100.000 dollars (1.7 millions de dollars actuels)

Un nouveau camouflage

Le vieux fidèle vient d’arriver au port de New York le 3 août 1918 quand il a droit à une séance photo. L’amirauté souhaite analyser l’état de son camouflage Dazzle.

A la suite de cette séance, l’Olympic aura droit à un tout nouveau camouflage, lui aussi dessiné par Norman Wilkinson.

Le second camouflage Dazzle de l’Olympic. (4)

L’Olympic est touché !

C’est le 3 septembre 1918 que l’Olympic a probablement été confronté à la plus grande menace qu’il ait connu.

Alors que le paquebot vient de quitter le port de Southampton, il est aperçu par le sous-marin allemand U-53.

Il est 5h57 du matin (heure du sous-marin) quand Otto von Schrader observe une silhouette à quatre cheminées qui navigue en zigzag à une vitesse de 20 nœuds. Il fait très sombre, mais il semble que le navire soit à une distance de 3.000 mètres.

Sur l’Olympic, personne n’a remarqué le sous-marin qui se prépare à attaquer.

Schrader ordonne le tir d’une première torpille, mais il est trop loin et rate sa cible. Il en lance alors une autre. Les secondes passent, interminables, alors que la torpille s’approche du flanc du paquebot.

Et voilà qu’elle heurte la coque et perce le vieux fidèle en plein cœur, entre la 2e et 3e cheminée. Les plaques d’acier de 2,5 cm d’épaisseur et les joints à quadruple rivetage dans cette section du navire ne sont d’aucun secours face à la torpille allemande.

Aussitôt, l’eau s’engouffre dans la double coque de l’Olympic, mais par chance, la torpille n’explose pas !

Publicité datant de 1913 montrant la nouvelle double coque de l’Olympic (5)

À bord, personne ne se rend compte de l’incident. Schrader de son côté pense avoir mal évalué les distances et raté sa cible.

L’Olympic poursuit son voyage vers New York comme si de rien n’était.

Ce n’est qu’à la fin de la guerre, lorsque le paquebot sera mis en cale sèche en février 1919 pour réparations que l’on s’apercevra des dégâts. Les ouvriers de Harland & Wolff ont dû être assez surpris, mais peut-être aussi heureux de constater que la double coque posée sur le navire après le naufrage du Titanic s’était montrée très utile.

Armistice !

Quand la guerre se termine enfin après 4 années de déchaînement l’Olympic est à New York. Il est arrivé la veille, le 10 novembre 1918 au port. À terre comme sur les ponts du navire, c’est la joie et le soulagement.

Son retour vers Southampton se fait dans une atmosphère bien plus détendue. Les règles de sécurité sont allégées pour le plus grand plaisir de l’équipage.

Vient maintenant la lourde tâche de rapatrier les soldats américains et canadiens chez eux.

En février 1919, après quelques allers-retours transatlantiques, le navire est décommissionné par l’amirauté. Il est remis aux couleurs White Star, sommairement réparé et commence à rapatrier les troupes.

Bienvenue Vieux Fidèle

Huit traversées seront nécessaires entre la fin de la guerre et le 21 juillet 1919 pour que l’Olympic accomplisse sa mission de rapatriement de troupes.

À chaque arrivée, tous les soldats à bord se pressent sur les ponts supérieurs, grimpent sur les toits, cordages, grues… Chaque centimètre carré disponible semble occupé par un soldat venu saluer son pays à nouveau.

Parmi toutes les troupes, ce sont les Canadiennes qui sont le plus étroitement liées à l’histoire du paquebot. En tout, 80.000 soldats canadiens ont traversé l’atlantique sur les ponts du plus beau paquebot du monde.

À Halifax, l’accueil est à chaque fois triomphal. Le Capitaine Hayes se rappelle avec émotion de la première arrivée du navire après l’armistice :

« C’était tout simplement incroyable. Chaque navire dans le port, qu’il soit en mouvement ou non était couvert de drapeaux. Et tous faisaient hurler leurs sirène tant que nous étions dans leur champ de vision. Des quais aux hauteurs de la ville, la foule était partout, ajoutant au bruit ambiant par leurs cris de joie… »

Le bruit est tel qu’on ne peut même plus donner d’ordre oralement ! Sur des banderoles on pouvait lire « Welcome Old Reliable » (Bienvenue Vieux Fidèle). 

L’arrivée à Halifax le 16 mai 1919 – La foule est aussi compacte sur les quais que sur les ponts du navire ! (6)

Débriefing de mission

Pendant le conflit, le HMT Olympic a parcouru 180.000 miles et transporté 200.000 troupes en 36 missions. 

Il a remarquablement participé à l’effort de guerre et s’est distingué dans le coeur de tous, et tout particulièrement au Canada, comme étant définitivement le vieux fidèle.

Le Capitaine Bertram Hayes est fait Chevalier et deviendra dans quelque temps Commodore de la flotte de la White Star Line. La compagnie est naturellement très fière de la carrière militaire de son paquebot. Elle n’hésitera pas à utiliser des photos du HMT Olympic pour promouvoir ses traversées civiles transatlantiques.

En août 1919, l’Olympic retrouve les chantiers Harland & Wolff pour une lourde refonte. Après une remise en état plus que nécessaire, ses décorations sont remises en place et ses chaudières sont modifiées pour consommer du pétrole.

Avec la perte de Britannic, celui qui s’appelle à nouveau le RMS Olympic est le seul survivant de sa classe. Il ne retournera au service civil qu’en juin 1920 pour plus d’une décennie d’aventures transatlantiques.

Ce sera véritablement l’âge d’or du paquebot, mais ça nous le verrons dans un prochain article !

Samuel Longin

Sources : RMS Olympic – Brian Hawley p.58 à 65 / The unseen Olympic – Patrick Mylon p.75 à 82 / RMS Olympic : Titanic’s sister – Mark Chirnside p.160 à 182 / Gray, David R. (2002) “Carrying Canadian Troops: The Story of RMS Olympic as a First World War Troopship,” Canadian Military History: Vol. 11 : Iss. 1 , Article 6.

Photos : (1) HMHS Britannic – Domaine public. (2) Dazzle 1 – Domaine public. (3) Halifax après l’explosion – Library of Congress. (4) Olympic à New York – National Archives and Records Administration. (5) Publicité de 1913 – XX. (6) Arrivée à Halifax en 1919 – XX.