Le monde sombre peu à peu dans la folie. Les tensions politiques s’exacerbent et la colère monte derrière chaque frontière. L’Olympic, ainsi que son équipage s’apprête à vivre l’un des pires conflits de l’histoire de l’humanité, la Première Guerre mondiale.

Mais pendant que le ton monte en Europe, le paquebot semble bien loin de tout ce tumulte politique. Le navire a subi une lourde refonte qui l’a immobilisé du mois d’octobre 1912 à mars 1913. La sécurité à bord a été très grandement améliorée suite au naufrage de son jumeau, le Titanic.

L’Olympic est plus beau et plus sûr grâce, entre autres, à sa double coque et ses nouvelles cloisons étanches. Il a regagné le coeur des passagers et renoué avec le succès commercial.

La guerre est déclarée

Mardi 28 juillet 1914, la guerre éclate.

Nous sommes à Southampton où l’Olympic est amarré. Il doit partir demain pour une nouvelle boucle transatlantique vers New York. Alors que le paquebot est en pleins préparatifs, on peut imaginer les membres d’équipage débattre sur tous les ponts de la nouvelle qui vient de tomber.

Par mesure de sécurité, le Capitaine Herbert Haddock demande à ce que les hublots soient couverts pour dissimuler les lumières du navire. Puis, le lendemain matin, l’Olympic prend la mer pour effectuer ses deux escales habituelles à Cherbourg et Queenstown. Parmi les 1140 passagers à bord, certains ont remarqué des civils à terre qui criaient « Vive la guerre ! ».

La traversée se passe sans problème. L’Olympic tient toutes ses promesses de luxe et de confort. C’est dans la cabine radio que la guerre fait déjà parler d’elle par le silence de tombe dans lequel elle a plongé l’océan. Plus aucun navire n’émet le moindre signal.

À l’approche des côtes américaines le 4 août, le Capitaine redoute une attaque ennemie. Il demande alors à ce que les machines soient poussées à pleine puissance. La plus haute vitesse enregistrée est alors de 25,1 nœuds, un record pour l’Olympic !

Il arrive le lendemain au port de New York et y dépose ses passagers. D’après les journaux locaux, ils n’ont pas ressenti la moindre crainte pendant la traversée.

Les premières dispositions

Le voyage retour vers Southampton qui ne compte que 125 réservations est annulé. Pendant que le transatlantique est en sécurité au port, l’équipage est chargé de peindre des fenêtres et hublots pour masquer les lumières du navire. Ensuite, les parties blanches sont peintes en gris pour les rendre plus difficiles à percevoir en mer.

La White Star Line décide de rapatrier l’Olympic à Liverpool. Le navire part donc sans passager de New York le dimanche 9 août. En sortant du port, l’Olympic passe devant le Vaterland. Le paquebot allemand est bloqué sur place. L’équipage du transatlantique anglais ne se privera pas de railler l’équipage « ennemi » par des gestes évocateurs.

Il n’est pas question de devenir une cible facile. Le trajet se fait à pleine vitesse. Chargé de 6.000 tonnes de charbon, l’Olympic file à 24 nœuds et arrive le 15 août 1914 au port de Liverpool.

Plus c'est gros...

Le capitaine du Kronprinzessin Cecile qui rentrait en Allemagne depuis les États-Unis quand la guerre a éclaté décida de faire demi-tour par mesure de sécurité.

Pour éviter de se faire capturer par l’ennemi, il fit repeindre ses 4 cheminées avec un bandeau noir pour se faire passer pour l’Olympic. Grâce à cette astuce, il réussit à rejoindre Bar Harbour dans le Maine.

Là-bas, tout le monde est émerveillé d’accueillir le célèbre Olympic de la White Star Line, jusqu’à ce qu’un communiqué venant de New York n’informe les autorités que le véritable Olympic était en ce moment même à quai au Chelsea Pier !

Le navire sera ensuite capturé par les États-Unis lors de leur entrée en guerre, rebaptisé USS Mount Vernon et assigné au transport de troupes.

Les dernières boucles transatlantiques

Depuis que le conflit a éclaté, le port de Southampton n’est plus un endroit sûr pour les navires marchands.

La White Star Line souhaite poursuivre le service transatlantique depuis Liverpool, mais l’Olympic n’est pas vraiment adapté au port. C’est Greenock, à proximité directe de Glasgow qui sera choisi pour l’accueillir.

Après deux traversées supplémentaires qui voient le nombre de passagers décliner rapidement, la White Star préfère mettre l’Olympic en pause. Son dernier trajet Glasgow-New York qui arrive à Manhattan le 17 octobre ne compte que 956 passagers.

Le naufrage du HMS Audacious

Le 21 octobre 1914, l’Olympic repart pour Greenock avec à bord seulement 153 passagers. Tout le monde sait alors que les côtes de Grande Bretagne sont infestées de mines allemandes. Et si vous souhaitez parier sur les chances de l’Olympic d’arriver à bon port sans encombre, vous miserez à 1 contre 40.

La traversée se passe bien jusqu’au matin du 27 octobre à 10h du matin. Alors qu’il a presque atteint sa destination, l’Olympic reçoit le signal de détresse du HMS Audacious, un cuirassé de 23.000 tonnes qui vient d’être frappé par une mine sous-marine lors d’un entraînement de tir.

Le naufrage de l’Audacious immortalisé depuis le pont de l’Olympic (1)

Haddock n’hésite pas une seconde et fonce directement à son secours. Une quinzaine de canots sont mis à l’eau et 250 membres d’équipage du cuirassé trouveront refuge sur l’Olympic.

Ensuite, Haddock essaiera de prendre l’Audacious en remorque sans succès. Le navire de guerre finit par sombrer à 21h00.

Vous pouvez retrouver le récit complet du naufrage de l’Audacious dans cet article.

Désinformation

L’Olympic se rend ensuite à Lough Swilly. L’amirauté ne souhaite absolument pas que le naufrage de l’Audacious s’ébruite. L’Olympic, ainsi que tous ses passagers et membres d’équipage sont contraints de rester sur place jusqu’à ce que tout le monde ait juré de garder le silence sur cette affaire.

Le RMS Olympic quitte finalement Lough Swilly le 2 novembre et arrive à Belfast le lendemain. Ses passagers peuvent enfin regagner la terre ferme sous les interrogations des journalistes qui ont bien sûr remarqué son retard d’une semaine.

De RMS à HMT Olympic

Une pause à Belfast

Une fois vidé de ses passagers et de son équipage, l’Olympic est retiré du service commercial et amarré à Belfast pendant 10 mois. À bord, un équipage de maintenance provenant de chez Harland & Wolff s’assure qu’il reste en parfait état de marche. Non loin de là, son nouveau jumeau, le Britannic, est en cours d’aménagement.

Le choc du naufrage du Lusitania

Dans l’après-midi du 7 mai 1915, le Lusitania avec 2000 passagers et membres d’équipage sous le commandement du Capitaine William Turner est torpillé par le sous-marin allemand U20. Deux explosions éventrent le navire qui coule en 15 à 18 minutes.

Le RMS Lusitania (2)

Le naufrage a été tellement rapide que six canots seulement ont pu être mis à la mer. Et le bilan est terrible : 1200 personnes perdent la vie.

Le naufrage du Lusitania marque les esprits des deux côtés de l’atlantique. Et la question de la sécurité des géants des mers face aux sous-marins ennemis devient un problème insoluble pour l’amirauté.

À l’été 1915, l’Olympic, le Britannic, le Mauretania et l’Aquitania sont tous désarmés.

Le dilemme de l’amirauté 

Alors que les besoins militaires se font de plus en plus urgents, les navires à réquisitionner se font rares. L’amirauté ne trouve plus suffisamment de navires pour le transport de denrées, munitions et troupes.

Les grands liners tels que l’Olympic ou le Mauretania pourraient résoudre ce problème. Après tout, ils peuvent transporter jusqu’à 6000 troupes par voyage !

Mais ils ne sont par contre d’aucune utilité pour les patrouilles et ce sont des cibles faciles pour l’ennemi. Les ports capables de les accueillir se comptent sur les doigts d’une main. En plus de ça, leurs besoins en équipage en ravitaillement et charbon sont énormes.

La conversion de l’Olympic en transporteur de troupes

Finalement, l’amirauté n’a plus le choix et décide de prendre le risque de perdre ces navires. L’urgence de la situation exige des transports de troupes massifs.

Le 20 mai 1915, les chantiers Harland & Wolff reçoivent des demandes de renseignement de l’amirauté concernant l’Olympic et le Britannic.

Capable de transporter 6 à 7000 troupes à une vitesse de croisière de 21 nœuds, l’Olympic serait parfait pour transporter des troupes en méditerranée.

Pendant l’été 1915, le navire est donc préparé pour sa carrière militaire.

Le HMT Olympic

L’Olympic se sépare de ce qui fait de lui le plus beau paquebot du monde. Toutes ses décorations sont retirées mis à part celles qui sont inamovibles comme le grand escalier par exemple.

Le gymnase ne sera pas vidé et laissé à disposition des occupants militaires. La piscine et le court de squash par contre deviennent des lieux de stockage pour des dizaines de milliers de couvertures.

Les ponts C, D et E sont reconvertis en zone de vie et dortoirs. La bibliothèque de seconde classe devient un hôpital de 100 lits. La gigantesque salle à manger de première classe et la salle de réception sont transformés en immenses dortoirs qui cumulent 3.300 couchages. Le fumoir de troisième classe situé à la poupe accueille maintenant 200 hamacs.

En tout, l’Olympic est désormais capable d’accueillir 6.000 soldats à bord.

La sécurité prime

Les hublots des ponts F et G sont condamnés pour éviter qu’ils accélèrent un naufrage éventuel. Tous les autres hublots sont peints pour ne laisser aucune lumière trahir la position du bateau pendant la nuit.

Un canon de 12 livres est installé à la proue et un autre de 4,7 pouces assurera la sécurité de la poupe. Ses superstructures sont peintes en gris et ses cheminées en noir. Son nom est effacé et il reçoit le numéro d’identification T2810.

Le 2 septembre 1915, la White Star Line reçoit finalement la demande expresse de mise à disposition de l’Olympic contre la somme de 23.000£ par mois. L’Olympic passe sous le commandement de l’amirauté et devient le HMT (His Majesty’s Transport) Olympic.

La première livrée militaire du HMT Olympic – Image de Jerry N. J. Vondeling

Le transport de troupes en méditerranée

À la fin du dernier voyage commercial de l’Olympic, le Capitaine Haddock a été chargé d’une nouvelle mission. L’amirauté l’a assigné au commandement d’une flotte fantôme composée de faux navires de guerre dans le port de Belfast.

Malgré les demandes de la direction de la White Star, Haddock ne sera pas réassigné à son ancien poste. À sa place, c’est le Capitaine Bertram Fox Hayes qui est choisi pour mener l’Olympic dans les méandres de la guerre.

Premier départ pour Moudros

Le premier départ pour la méditerranée se fait le 25 septembre 1915 à 10h00 de Liverpool. Il y a tellement de soldats à bord que l’embarquement a dû commencer le 23 au matin !

Après une parade d’inspection, le HMT Olympic largue les amarres. Tous les bateaux aux alentours font crier leurs sirènes en signe de respect à ceux qui s’en vont sur le front. Puis le paquebot prend la direction de Moudros (Mudros) sur l’île de Lemnos. Les soldats embarqués sont envoyés sur le front des Dardanelles qui tiendra malheureusement les Alliés en échec.

Le risque est omniprésent et les cloisons étanches sont maintenues fermées durant tout le trajet. Les lumières du navire sont couvertes. Seules les lampes de navigations sont utilisées quand c’est absolument nécessaire.

Les deux premiers jours de navigation se font dans des eaux particulièrement agitées. Beaucoup de soldats ont le mal de mer. Tout va finalement mieux le 28 octobre, quand l’Olympic passe Gibraltar et longe la côte nord-africaine.

Déjà dans le feu de l’action !

Le 1er octobre, Hayes aperçoit un canot de sauvetage à la dérive. À bord, 34 Français. Leur bateau, le Provincia, a coulé le matin même, victime d’un sous-marin allemand.

Le risque est énorme ! La zone est infestée de U-boats ennemis et l’Olympic une fois à l’arrêt devient une cible très facile. Hayes décide quand même de prendre le risque et de sauver les naufragés.

L’Olympic relance ses machines aussi rapidement que possible, mais déjà le périscope d’un sous-marin est aperçu de la passerelle ! Une torpille a été tirée, mais elle rate l’Olympic par l’arrière. Hayes fait changer de cap instantanément et les canons tirent en direction du submersible qui disparaît à un peu plus de 700 mètres de là.

Pendant ce temps, les sirènes de l’Olympic sonnent l’alarme. Tous les soldats pressent sur le pont avec leur gilet de sauvetage et se tiennent prêts à être évacués à tout instant. Des volontaires sont appelés pour alimenter les chaudières et faire accélérer le navire plus rapidement que jamais pendant que son sillage reflète les zigzags incessants qu’il décrit pour éviter un tir de torpille.

À la tombée de la nuit, l’état d’alerte est enfin levé.

Le paquebot arrive à Moudros pour y débarquer ses troupes le lendemain, samedi 2 octobre 1915.

Le HMT Olympic à Moudros en 1915 (4)

Une escale est prévue au port de Spezia lors du retour pour faire le plein de charbon puis l’Olympic regagne Liverpool le 31 octobre.

Le sauvetage ne fait pas que des émules !

L’amirauté voit alors d’un très mauvais œil le fait que le Capitaine Hayes ait mis la vie de 6.000 hommes et la sécurité de son navire en péril pour sauver quelques marins français en plein cœur d’une zone quadrillée par les U-boats allemands.

En méditerranée, les navires marchands ont des recommandations très précises pour leur sécurité. La vitesse étant leur meilleur atout. Il est préférable de toujours avancer à grande vitesse plutôt que de choisir une route plus courte mais à vitesse réduite.

La radio doit être gardée active en permanence pour recevoir les avis concernant les sous-marins présents dans la zone et toutes les cloisons étanches doivent rester fermées. Quant aux extérieurs, ils sont plongés dans le silence et l’obscurité.

Comme on peut s’en douter, la France remercia chaleureusement Hayes pour le sauvetage et lui fera l’honneur de recevoir la médaille d’honneur française.

Des traversées sous haute tension

Le second transport de troupes part de Liverpool le 14 novembre 1915. L’Olympic croise le Britannic à quai qui a été transformé en navire hôpital.

La traversée se passe sans incidents si ce n’est la tentative de suicide d’un soldat dans les toilettes du pont E le 26 novembre. Heureusement, il est retrouvé à temps par des camarades et sauvé par un médecin à bord.

De retour à Liverpool le 21 décembre, l’équipage va pouvoir profiter des fêtes de fin d’année en famille.

Le HMT Olympic et le HMHS Aquitania à Moudros en 1915 (5)

L'Olympic en Inde ?

L’amirauté se demanda si l’Olympic ne pourrait pas servir de transporteur de troupes vers l’Inde par Cape Town mais l’idée fut rapidement abandonnée.

L’Olympic a été conçu pour des traversées transatlantiques. Ses soutes à charbon ne lui permettent pas de faire de si longs trajets sans de nombreuses escales.

Pour tenir jusqu’en Inde, l’Olympic devrait embarquer 27.000 tonnes de charbon et 5400 tonnes d’eau !

La troisième traversée se passe aussi sans encombre. L’Olympic quitte Liverpool le 4 janvier pour arriver à Moudros le 11 janvier. Après quoi il retrouve le port de Southampton le 12 février.

La dernière mission méditerranéenne

Pour sa quatrième mission, le paquebot quitte Southampton le 17 février 1916. C’est la dernière fois que l’Olympic et le Britannic sont réunis avant le naufrage de ce dernier en mer Egée. Tout se passe bien jusqu’au 23 février. Le paquebot est alors à une journée de navigation de Moudros quand les officiers repèrent un périscope !

L’ordre est donnée de faire feu sur lui à plusieurs reprises sans résultat. Il s’agit du U-35 qui a bien remarqué le paquebot mais, par chance n’est pas en position d’attaquer.

Lors de son voyage retour vers Liverpool le 28 février, l’Olympic et le U-35 se croisent à nouveau. Mais cette fois le sous-marin ne semble pas le remarquer. Le liner arrive sain et sauf à Liverpool le 13 mars 1916.

Le front de Gallipoli ne nécessite plus d’arrivage massif de troupes et l’Olympic n’est plus utile en méditerranée.

Bilan de la campagne méditerranéenne de l’Olympic

La mission de l’Olympic en méditerranée lors de la Première Guerre mondiale est un franc succès. En l’espace de cinq mois, il a transporté près de 25.000 troupes et parcouru 30.000 miles.

Il a aussi établi un record lors de l’un de ses passages avec 8.000 âmes à bord ! Ce record ne sera battu que par le Queen Mary qui transporta 16.000 soldats en une traversée lors de la Seconde Guerre mondiale.

Pendant quelques jours, l’Olympic et son équipage profitent d’une trêve dans son agenda. Elle ne sera que de courte durée. Le 23 mars déjà, l’Olympic sillonne de nouveau l’atlantique en direction de Halifax pour transporter les troupes canadiennes vers le vieux continent.

Mais ça, nous le verrons en détail dans le prochain article !

Samuel Longin

Sources : RMS Olympic – Brian Hawlee p.57 à 65 / The unseen Olympic – Patrick Mylon p.66 à 82 / RMS Olympic : Titanic’s sister – Mark Chirnside p.149 à 160 / Atlantic.free.fr

Photos : (1) Naufrage de l’Audacious – Edith & Mabel Smith. (2) Le RMS Lusitania – Collections de George Grantham Bain, Library of Congrss. (3) Image de Jerry Vondeling (4) L’Olympic à Moudros – Tasmania’s Online Collection. (5) L’Olympic au mouillage – Australian War Memorial.